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recueillies par Paola Musarra

(version italienne)


Marina Galimberti, italienne, réalisatrice et auteur multimédia, formatrice et maître de conférences à l'université, vit et travaille à Paris.
Après avoir obtenu un D.E.A. de Création, Communication et Nouvelles Technologies à l'Université Paris VIII,Marina a créé sa propre structure (Rapsode Production)pour réaliser des documentaires et des produits culturels et pédagogiques.

14. Rhapsodie parisienne

par Marina et Paola

Premier fragment
C'était à Pâques, à Paris, à Montparnasse.Il pleuvait, il faisait beau, il pleuvait encore. Sous la pluie légère Marina était arrivée toute souriante, les cheveux un peu ébouriffés. Nous l'attendions, Gianni et moi, pour déjeuner ensemble dans un restaurant antillais de la rueDaguerre, près de notre hôtel.
Nous avons mangé un excellent poisson, des légumes... J'ai oublié la conversation, mais je me souviens très bien de nos yeux luisants, des éclatsde rire, de la complicité: il devait s'agir de théâtre,de saltimbanques, de rêves d'enfants à réaliser...
Après le repas, nous sommes allés nous promener dans les allées tranquilles du petit cimetière de Montparnasse. Il ne pleuvait plus.

Deuxième fragment
Marina, e-mail du 19 juin: "... à part les moments graves et urgentsqui exigent une communication rapide et pratique, je suis peu intéressée aux modalités d'échange productivistes et fonctionnelles... J'aime déambuler: j'ai une pensée péripathétique, et je suis convaincue que le temps et la déambulation sont essentiels pour la création,la recherche et le changement social."

Troisième fragment
C'était à Pâques, encore à Paris, à Belleville. A midi nous sommes descendus du métro. Nousétions invités, Gianni et moi, chez Marina.
Pyrénées, Mare, Envierges, Transvaal: ces noms derues évoquent notre parcours en spirale. Les passants se raréfiaient et l'air devenait plus fin.
Les rhapsodes (Marina et Jean-Jacques) nous attendaient dans leur maison quidomine le panorama changeant de la ville: un vertige gris et or, multiplié par un grand miroir.
La table était mise. Je me souviens des mets délicats qui se mêlaient aux histoires personnelles et suggéraient des paysages, des passages, des transitions: Naples, Gênes, Paris, la HauteProvence...

Quatrième fragment
Marina, e-mail du 19 juin: "... je ne suis pas faite pour les présences quotidiennes, c'est ma nature, personnelle et professionnelle. J'entreprends quelque chose ici, puis j'avance un peu parlà, j'emmagasine, je pars je reviens je quitte je reprends.
Mais, comme le scorpion de l'histoire (vous rappelez-vous l'histoire de la grenouille et du scorpion...?), même si je me cache, je suis là, maprésence est assurée, je suis fidèle, je tiens ladistance, je suis une coureuse de fond.
Je traverse des phases périodiques, comme la lune: elle change d'aspect d'une nuit à l'autre, mais elle est toujours la mêmeet depuis des siècles accomplit régulièrement son parcours."

Cinquième fragment
Je me demandais justement comment je pourrais arrêter la lune oudénicher le petit scorpion pour les interroger sur leur rapport avecl'ordinateur. J'étais un peu découragée, mais...

Sixième fragment
Marina, e-mail du 28 juin: "Chère Paola, il est presque minuit, maisje veux répondre à ta question, autrement le temps passe et jerisque de ne plus le faire. Tu sais, pour moi l'e-mail n'exige pas de réactions immédiates ni de réponses du tac au tac: monsilence ne révèle pas nécessairement une absence, un manque d'intérêt: disons que le fait de ne pas intervenir est pour moi un silence qui marque un accord ou l'attente de quelque chose de plus complet à communiquer. Mais si je ne suis pas d'accord ou s'il me semble important d'intervenir, n'aie pas peur, je suis là!

Revenons à ta question: Qu'est-ce qui caractérise ton rapport avec l'ordinateur?
Je dirai tout de suite que je n'aime pas l'ordinateur, mais... il m'excite.
C'est un objet encore inconnu avec des possibilités cachées,un objet presque magique: j'ai envie de le découvrir, d'en pénétrer les secrets.
Oui, bien sûr, du point de vue professionnel, l'ordinateur n'est pourmoi qu'un objet fonctionnel, un instrument qu'il faut apprendre à gérer, qu'il ne faut pas laisser dans les mains d'autrui. Et pourtant, plus je l'utilise, plus j'entrevois de nouvelles possibilités et j'ai envie de... je me rends compte que j'en parle avec une certaine "passion", oui, tout comme je pourrais parler d'un hommeque j'ai rencontré par hasard, ou peut-être c'est parce que tout le monde parle de lui qu'il me semble indispensable d'aller à sa rencontre, comme ça, juste pour voir, et puis de me laisser prendre au piège... C'est un être inconnu. Et je veux toutcomprendre de ses capacités, de ses tendances..."

Septième fragment
Désir, séduction, plaisir, tout y est. Et Marina a vite fait de forcer le grimoire pour acquérir les connaissances techniquesindispensables et gérer personnellement l'envoi de ses fichiers,directement de son Mac à meDea. Mais attention: la lune va bientôt changer d'aspect...

Huitième et dernier fragment
Marina, e-mail du 28 juin: "Il faut dire toutefois qu'avec ses résistances et ses limites l'ordinateur finit par m'épuiser. Quel casse-tête! Et alors je regrette d'avoir passé tant d'heures devant un écran qui n'est ni intelligent (ahï!) ni agréable pour mes yeux.
Vous ne croyez pas que j'aurais mieux fait d'aller au cinéma, de partir à la campagne ou... de danser un tango?

Marina a réalisé pour MeDea:
Entretien avec Philippe Quéau
Bonne année aux mondes virtuels

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